ITW de Rikett' // 26 Juin 2009 - 16H30

Voilà la troisième fois que je retrouve Rico en interview, mais c'est la première fois que j'ai face à moi Rikett, le projet solo du chanteur du groupe de punk hxc ISP (in rock since 1994, oui monsieur). Donc c'est avec beaucoup de plaisir que je le retrouve dans notre petit espace presse, ambiance At the Drive In, un groupe de post-hardcore que Rico aime particulièrement...

Je t'ai vu sur scène il y a quelques semaines, au FIMU, à Belfort, avec ISP. Mais te voir seul, comme ça, sur une grande scène, on n'a pas trop l'habitude. Tu peux nous parler de ton projet Rikett : pourquoi en solo ? Quelles influences ?...

 

Tout a commencé en 2004. On était en préparation d'un nouvel album pour ISP et on n'avait peu de répètes avant le studio. Du coup, j'ai eu le besoin de travailler seul, pour préparer ma voix, parce qu'un chanteur de hxc sans voix, ça le fait moyen. J'ai donc commencé à faire 4/5 morceaux et ça a plu, c'était une autre forme. Puis j'ai joué pour des copains, dans des fêtes, des concerts et ça a plu. J'ai toujours écouté un peu de folk, et d'emocore. Alors on retrouve un peu tout ça dans ce projet bien décalé.  


Dans ce projet, il y a Rikett, mais il y a aussi ta guitare... Tu es luthier de formation et c'est avec le modèle que tu as créé qu'on te retrouve sur scène.

 

Je me suis lancé dans cette démarche de luthier il y a quelques années, même si c'est un peu utopiste car c'est difficile d'en vivre. J'ai d'abord passé un CAP et en 2004, je suis entré en stage chez Sylvain Artwick, luthier à Tournon. J'ai pu apprendre à travailler sur des guitares électriques, à les réparer pour des amis. Ensuite, j'ai découvert le tournage sur bois et c'est de ça qu'est née ma première guitare. Cette guitare est conçue selon le principe du tournage sur bois, elle est taillée dans la masse, c'est une sorte de mélange de saladier et d'assiette ! Je l'ai appelée la guitare imago, c'est un projet en développement [d'ailleurs, l'année dernière, on a pu voir Rico dans les loges du Fest'Route en train de la faire essayer aux musiciens du festival]. J'ai envie d'en vivre, alors je m'investis à fond dans ce projet, notamment avec l'atelier des guitares à St Etienne.


On comprend que Rikett, c'est vraiment lié à la création de ta guitare. Mais, tu as beau te cacher derrière l'Imago, à un moment donné, t'es quand même seul sur scène. Comment on passe d'un groupe comme ISP à une scène en solo ?

 

Avec Rikett, je me retrouve un peu au pied du mur. Avec le groupe où je chante, les musiciens sont excellents. Le batteur est vraiment bien calé, pour la mélodie, je peux m'appuyer sur la basse et la guitare. Là, je suis tout seul, à composer, seul sur scène, j'avais besoin de me retrouver comme ça. Avec ISP, les exigences sont différentes. Quand on fait un concert, on répète beaucoup, tout est bien calé, les morceaux qu'on joue sont ‘formatés' en quelque sorte. Là, j'ai une interprétation plus libre, un peu comme je la choisis, en fonction du moment, du public.


D'ailleurs j'ai le souvenir d'un concert pour le festival Shakespeare, hyper intimiste, où tu allais jusqu'à faire écrire tes textes par le public.

 

Oui, je fais des cadavres exquis, des chansons live, c'est le public qui écrit la chanson. Bon, c'est souvent bien laid, mais c'est un moment vraiment bien avec le public. Ça, tu peux le faire que si t'es seul sur scène.


Et sur la scène du Fest'Route...

 

C'est un peu particulier. Tournon, c'est un lieu où j'ai vécu, alors c'est hyper émouvant. Sinon, je vais faire marrer plein de gens d'un coup ! Encore plus que d'habitude ! Je vais pas changer le truc tu vois !


Par rapport aux supports qui t'entourent ici, K7, vinyles... C'est quoi pour Rikett ?

 

Dans Rikett, j'utilise très peu de supports pour ma musique. Pour faire un bon CD, il faut une bonne production, et moi j'ai personne qui me suit sur ce projet. J'ai pas de moyens, donc pas de production ! Puis, si j'entrais en studio, il faudrait que je sois à la hauteur musicalement, héhé ! Sinon, dans les années 80, je me faisais mes K7, en écoutant la radio et avec les vinyles de mes oncles. C'est sûr que les vinyles, c'est s'inscrire dans une autre démarche tu vois, plus ancienne.


En parlant de compile K7, un peu en dédicace au roman de Nick Hornby High Fidelity, tu mettrais quoi sur ta compile ?

 

C'est un roman que j'ai lu ça... Sur ma compile, je crois que je mixerais des trucs bien violents, comme Ballast (des québécois), Envy... avec du bon reggae roots comme les Abyssinians ou encore Mystic Revelation Rastafari. Je mettrais aussi deux morceaux des Pookies, puis aussi deux morceaux d'ISP que j'aime beaucoup et aussi deux morceaux de At the Drive in. Dans les compiles, je mets toujours deux morceaux de chaque groupe, c'est le double effet kiss kool ! Mais attention, je ne mettrais même pas un morceau de folk, ni même un Bob Dylan, il faut que ce soit dit ! Je ferais vraiment un mix de hardcore et de reggae !


On continue à discuter tranquillement, avec nos amis de Radio Royans, au sujet de la guitare de Rico. Les orages nous guettent, il fait de plus en plus gris, ça se voit même depuis notre tente presse où on est pourtant si bien... D'ailleurs, le ciel se fera tellement violent que nous serons obligés d'annuler les concerts de la scène découverte où devait jouer Rico. Je vois d'ici vos mines dépitées et décrépies, mais pas de souci, ce sera finalement sur la Grande scène du Fest'route, entre Tryo et les Fils de Teuhpu, que la vaillante guitare de Rico résonnera... Oh yeah... !