Après les balances de Semtazone, Robin (guitare), Charlie (Sax et chant), bientôt rejoints par Morgan (batterie) viennent passer un moment avec nous. Il y a des groupes qui ne regardent pas les vinyles accrochés sur les murs de la tente presse, qui ne prêtent aucune attention au juke-box qui trône dans un coin... Il y a des groupes dont on se demande parfois s'ils écoutent même de la musique. Et puis il y a des rencontres comme celle-ci. On parle de Semtazone, de leur dernier album "Alles is durven", des tournées du groupe, du public français, ...
"Alles is durven"... Le titre du dernier album du groupe pose question. Semtazone, groupe français, qui chante en français. Bon, alors pourquoi ce titre en néerlandais ?
"Avant de faire cet album, on a énormément voyagé. On a tourné au Japon, au Québec, aux Etats-Unis, au Maroc... Et ces rencontres nous ont forcément influencés. Alors, un titre en néerlandais, ça apporte un côté exotique, poétique même."
Hum, d'accord, mais cela ne nous dit toujours pas d'où vient ce Alles is Durven... Allez les garçons, faites-nous rêver...
"C'est en regardant Tracks sur Arte, il y avait une soirée sur les fétichistes, comme ils savent si bien le faire ! Et là, il y avait un gars qui portait un tee-shirt avec cette phrase, qui signifie 'le tout, c'est d'oser'. Je trouvais que ça lui allait particulièrement bien, pour un fétichiste, puis ça collait bien à ce qu'on est : on a fait le choix d'être indépendants dans notre démarche. Tu vois, même quand on va jouer au Japon, c'est nous qui montons notre tournée. On travaille avec nos réseaux, des locaux, qui nous reçoivent."
Ces différentes expériences ont teinté le dernier album de sonorités différentes. "Au fil des voyages, le rock nous est devenu plus familier. Quand tu pars aux Etats-Unis pendant deux semaines, sur la moindre radio, tu écoutes du rock, c'est naturel. Cela nous a aussi donné envie d'oser, on essaie tout maintenant, sans nous poser la question de savoir s'il faut le faire ou non."
A l'écoute, le son est effectivement plus rock et électrique, avec plus de guitares. Certains diront sombre, voire glauque. Mais il ne perd en rien sa puissance. Peut-être qu'une partie du public qui connaît le groupe depuis ses débuts regrettera une certaine énergie festive, mais elle a laissé place à quelque chose de plus fort, de plus puissant. Le groupe a vieilli, ses influences se sont diversifiées : le bassiste monte sur scène avec un tee-shirt de Dub Trio, Charlie reconnaît que, maintenant, le dernier album de Radiohead a plus usé sa platine que les albums de chansons françaises... Mais Semtazone, c'est aussi de la douceur, portée par les voix des deux filles de la formation. Une forme de sensibilité qui ne fait que souligner la puissance que le groupe est en train d'acquérir. N'en déplaise aux amuseurs de foule.
What about the french people... ?
Les Semtazone reconnaissent volontiers être bien accueillis à l'étranger, où les gens sont ouverts à leur musique et, en un certain sens, plus respectueux. "On a joué au Japon entre deux groupes totalement improbables, un groupe de punk puis une petite minette toute seule sur scène. Et le public a super bien accueilli tous ces groupes. Ce mélange de styles, en France, c'est tout simplement impossible. Et c'est dommage.» Et c'est pour ça que les Semtazone sont contents de venir jouer sur la grande scène du Fest'Route, au milieu d'une programmation qui a su mêler du rock, du reggae, du dancehall... (un peu d'autosatisfaction, des fois, ça fait du bien).
High Fidelity...
Pour continuer cette discussion, le groupe se prête à l'interview High Fidelity ...
Les vinyles et K7 qui vous entourent, ça vous évoque quoi ?
En 1999, 2000 et 2001, on enregistrait encore nos K7, on faisait nous-mêmes nos pochettes, et c'était il y a moins de dix ans, c'est fou ces changements ! Pour ce qui est des vinyles, on aimerait y venir, mais c'est super cher. Un jour, je pense qu'on en fera un. Sinon, on ne va pas mentir, on télécharge des morceaux, mais ça ne remplace pas l'objet.
Justement, vous attachez quelle importance à vos artworks de CD ? Vous faites attention aux visuels ?
Pour Alles is Durven, on a fait plus de 60 versions différentes de la pochette avant de trouver la bonne ! Finalement, c'est un photographe belge qui nous a donné cette photo d'un matin dans les Ardennes. Ce chemin sombre, ça allait bien avec notre musique, puis, au fond, il y a la lumière, une note positive.
Dans le roman de Nick Hornby, le héros, Rob, est un disquaire londonien passionné de musique. Il réalise des compiles, sur des K7 qu'il offre à ses futures conquêtes. Si vous deviez faire une compile pour écouter sur la route, il y aurait quoi comme morceaux ?
Une compile pour écouter sur la route, ce sont les meilleures chansons ! Il y aurait Radiohead, Bashung, Elvis, Creedance, la BO de Easy Rider et Mad Selektor (un groupe allemand). C'est exactement ce qu'il y a dans mon I-Pod pour la tournée !"
On continue la discussion en dehors de la tente presse : livres, groupes, musique, bla-bla... On refait le monde, en quelque sorte. Et, quand on voit Semtazone sur scène, il y a un peu tout ça.
J'attends donc avec impatience la scène et là, j'ai honte... Public tournonais, Rhône alpin, français, où es-tu... ? J'espère juste qu'il ne faudra pas, un jour, aller à l'étranger pour écouter des groupes français...